Désenfumage et ventilation : pourquoi les étudier ensemble dès la conception

En bref. Le désenfumage évacue les fumées d’un incendie et amène de l’air neuf pour garder praticables les chemins d’évacuation et faciliter l’intervention des secours. Il utilise souvent les mêmes volumes, les mêmes gaines et parfois les mêmes équipements que la ventilation du bâtiment. Étudier les deux séparément, c’est prendre le risque de découvrir les incompatibilités au moment le plus coûteux : sur le chantier ou devant la commission de sécurité.

1. Une réglementation qui dépend du type de bâtiment

Il n’existe pas une règle unique du désenfumage. Le texte applicable dépend de l’usage du bâtiment :

Type de bâtiment Texte de référence
Établissements recevant du public (ERP) Instruction technique n° 246 relative au désenfumage, approuvée par l’arrêté du 22 mars 2004 (modifié)
Lieux de travail Code du travail, articles R. 4216-13 à R. 4216-16, et arrêté du 5 août 1992 relatif à la prévention des incendies et au désenfumage de certains lieux de travail
Parcs de stationnement couverts recevant du public Arrêté du 9 mai 2006 (dispositions relatives aux parcs de stationnement couverts)
Bâtiments d’habitation Arrêté du 31 janvier 1986 modifié

Un même projet peut relever de plusieurs de ces textes : un immeuble de bureaux avec un parking en sous-sol et un commerce en rez-de-chaussée, par exemple. La première tâche du bureau d’études consiste donc à identifier, local par local, la règle qui s’applique.

2. Deux familles de solutions

  • Le désenfumage naturel repose sur la différence de pression et de température créée par l’incendie : des exutoires ou des ouvrants en partie haute évacuent les fumées, des amenées d’air en partie basse compensent. L’étude dimensionne les surfaces utiles et positionne les ouvertures.
  • Le désenfumage mécanique utilise des ventilateurs, des conduits et des volets pour extraire les fumées ou mettre certains volumes en surpression. L’étude repose sur des calculs aérauliques : débits d’extraction, pertes de charge, équilibre entre extraction et amenées d’air, scénarios de fonctionnement.

Le choix dépend de la configuration du bâtiment, de sa hauteur, de ses façades, de ses volumes et du texte applicable. Il se fait tôt, parce qu’il conditionne l’architecture : surfaces en toiture, réservations en façade, locaux techniques, trémies.

3. Pourquoi la ventilation entre forcément dans l’équation

Un bâtiment tertiaire moderne est traversé de réseaux aérauliques : centrales de traitement d’air, gaines de soufflage et de reprise, amenées d’air neuf, extractions sanitaires. En cas d’incendie, ces réseaux peuvent propager les fumées d’une zone à l’autre, ou au contraire contribuer au désenfumage s’ils ont été conçus pour cela.

Trois points de coordination reviennent sur tous les projets :

  1. Les scénarios de mise en sécurité. À la détection d’un incendie, le système de sécurité incendie (SSI) commande l’arrêt de certains équipements de ventilation, la fermeture de clapets et l’ouverture des dispositifs de désenfumage de la zone concernée. Ces scénarios doivent être définis avec le CVC, pas après lui.
  2. Les amenées d’air. Un désenfumage ne fonctionne que si l’air neuf peut entrer. Une amenée d’air mal placée, ou partagée avec une prise d’air de la ventilation, peut réduire fortement l’efficacité du système.
  3. Les traversées et le compartimentage. Chaque gaine qui traverse une paroi coupe-feu doit être traitée. Plus les réseaux de ventilation et de désenfumage sont conçus ensemble, moins il y a de traversées, de clapets et de reprises.

4. Les erreurs qui coûtent le plus cher

Les défauts de désenfumage apparaissent rarement à l’esquisse. Ils se révèlent quand les équipements doivent être intégrés aux installations techniques, ou lors du passage devant les organismes de contrôle. Les conséquences typiques :

  • modification des réseaux déjà posés ;
  • déplacement d’équipements en toiture ou en façade ;
  • adaptation des circulations d’air ;
  • révision des plans et des pièces écrites ;
  • réserves de la commission de sécurité qui retardent l’ouverture.

5. La méthode que nous recommandons

  • Intégrer le désenfumage dès l’esquisse, en même temps que le choix du système de ventilation et de chauffage-climatisation.
  • Confier le CVC, le désenfumage et la coordination avec le SSI à une même équipe, ou au minimum organiser une synthèse commune dès l’avant-projet.
  • Documenter les scénarios (quelle détection déclenche quelle action, dans quelle zone) et les notes de calcul (débits, surfaces utiles, pertes de charge) avant la consultation des entreprises.
  • Préparer la commission de sécurité avec des pièces cohérentes entre elles : plans CVC, plans de désenfumage, notices et analyse fonctionnelle du SSI.

Un désenfumage bien intégré ne se voit pas : il ne prend pas plus de place que nécessaire, il ne crée pas de conflit avec la ventilation et il fonctionne le jour où il le faut.

Textes cités

  • Arrêté du 22 mars 2004 approuvant l’instruction technique n° 246 relative au désenfumage dans les ERP : Légifrance
  • Code du travail, articles R. 4216-13 à R. 4216-16 : Légifrance
  • Arrêté du 5 août 1992 (prévention des incendies et désenfumage de certains lieux de travail) : Prévention BTP
  • Arrêté du 9 mai 2006 (parcs de stationnement couverts) : Légifrance
  • Arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l’incendie des bâtiments d’habitation : Légifrance